Aucun Minox 35 n’a été maltraité durant la réalisation de cette image.
Le Minox 35 (ici dans sa version GT) est un célèbre compact des années 70 à 90, grand concurrent du Rollei 35. A cette époque, c’étaient à peu près les deux seuls appareils de cette catégorie capables de rivaliser en qualité d’image avec les reflex. Ils n’étaient pas donnés (3500 francs pour le Minox 35 GTE vers 1993), donc c’étaient, à priori, des engins haut de gamme bien conçus. Le Minox a été commercialisé sous de multiples versions au cours des ans, le GT étant la version 3.
Le Minox 35 GT sous toutes les coutures…
Celui que je n'avais pas prévu de voir débarquer
J’ai toujours eu une certaine curiosité pour le Minox 35, qui a longtemps été le plus petit appareil 35 mm du marché. Son objectif, de très bonne réputation, se démarquait résolument de la concurrence.
Et l’an passé, ma nièce m’a demandé de lui trouver un compact argentique pour Noël. Immédiatement, j’ai repensé au Minox, qui ne doit plus valoir grand-chose maintenant. En tout cas, c’est ce que je croyais naïvement. C’était sans compter sur le retour de l’argentique, porté par un public nouveau, composé de jeunes qui n’avaient jamais connu le film à l’époque où le numérique n’existait pas.
Les prix du marché de l’occasion ont vite épousé la courbe de la demande, en s’envolant à des niveaux inconnus de moi, qui n’avais pas prêté attention à cet engouement.
J’ai eu la surprise de découvrir que le Minox se négociait facilement dans les 150 à 200 Euros pour un boitier en état de marche. Quelle déconvenue !
J’en ai été réduit à offrir à ma nièce (à mon corps défendant) un Olympus IS-100, certes plus abordable, mais tellement encombrant, bruyant et énergivore. Bref, bien loin de la philosophie du Minox. Pour l’anecdote, je crois bien que ma nièce n’a jamais utilisé son cadeau empoisonné…
Et c’est bien plus tard, au hasard d’une recherche sur Ebay que je tombe sur l’annonce d’un 35 GT déclaré en panne, pour 30 Euros. A ce prix, je me dis que ça vaut la peine de mettre les mains dans le cambouis, et en cas d’échec, la perte serait faible. Je l’achète donc, et pendant son acheminement, je consulte préventivement tous les tutos connus sur la bête, qui, semble-t-il, a un talon d’Achille bien connu : son obturateur, fragile et capricieux.
La bonne surprise.
A la réception du colis, je constate qu’en effet, l’appareil déclenche, mais que l’obturateur ne s’ouvre pas. Premier réflexe : changer les piles !
Heureusement, cet exemplaire est muni d’un bouchon de piles compatible avec les SR-44 d’aujourd’hui (Minox a fourni des adaptateurs pour ses premiers modèles de boitiers qui utilisaient des piles de 5,6 V au mercure, interdites depuis longtemps). A noter que les 4 piles additionnées donnent 6 V, ce qui est plus que les 5,6 V prévus. On verra ce qu’il en est à ce sujet.
Je mets donc des SR-44 neuves, et là, surprise, l’appareil remarche : l’obturateur s’ouvre bien et les temps de pose sont compatibles avec la lumière du moment ! J’ai donc acheté un appareil soi-disant en panne pour 30 Euros, alors qu’il avait simplement besoin d’énergie…

Opérationnel, il l’est, mais pas à 100% : en effet, la touche X 2 (surex volontaire d’un diaph) ne fonctionne pas. Et c’est bien dommage, car cette touche est indispensable. En effet, l’appareil est connu pour sous-exposer un peu trop souvent.
Tour d'horizon
Le boîtier est entièrement en plastique (matière « makrolon »), ce qui contribue à sa légèreté. Je dois dire que ce matériau est étonnament résistant à l’usure : la surface ne marque pas et les arrêtes ne se polissent pas facilement. On peut sans problème garder son Minox en état cosmétique parfait, même après un usage intensif, d’autant que les sérigraphies sont de qualité, bien solides.
Un rabat vient couvrir l’objectif qui s’enfonce dans le corps en position de repos. Lorsqu’on le déploie, l’objectif sort, tout en déverrouillant le déclencheur. Mentionnons que le viseur est lui aussi rendu inopérant quand le capot est fermé, c’est très bien du point de vue de la protection, mais problématique à l’usage, car on ne peut pas jeter un œil dans le cadre « pour voir ». On aurait presque envie de pratiquer un trou dans ce fichu capot…
Ce rabat est donc amené à être manipulé sans arrêt… Faut-il craindre un souci ? Il semble que non, les charnières n’accusent pas de signe d’usure inquiétante, et au démontage, j’ai constaté que la communication objectif/boîtier se faisait via des contacts solides qui viennent frotter sur des lames de laiton. Malgré son âge, mon Minox a l’air en forme sur ce point.
Le dos est entièrement amovible… Il peut donc tomber facilement. Je note que cette pièce est d’une grande fragilité, car le plastique est vraiment (trop) fin. Bien faire attention ! Cela dit, tous ceux que j’ai croisés n’ont jamais eu de souci de ce côté.
Il y a un testeur de piles bien utile, car lorsque l’énergie vient à manquer, l’appareil déclenche quand même, mais l’obtu reste fermé, et le fonctionnement est tellement silencieux qu’on ne s’en rend pas compte.
On trouve aussi un retardateur, avec une diode clignotante en façade, pour les autoportraits, ainsi qu’un filetage pour déclencheur souple mécanique.
Appareil manuel oblige, le film se rembobine avec une manivelle, c’est parfait !
Sous l’appareil, nous avons un écrou de pied (pas standard Kodak, mais en plastique, donc attention), le sélecteur ISO, le débrayage de l’avancement du film et le verrou du dos.
Ah oui, il y a également un griffe flash, mais je suis sûr que vous aurez à cœur de ne pas y brancher un flash, qui ruinera toute la philosophie du Minox !
Le Minox avec son abattant en action. Une fois refermé, il tient dans la poche.
Le retardateur et la touche X2 enclenchés. L’intérieur de l’appareil, et le dos amovible.
Le viseur
Celui-ci, comme tout compact, est séparé de l’objectif, il y a donc un défaut de parallaxe qui s’accentue à mesure qu’on s’approche du sujet. C’est d’ailleurs ce qui explique la distance minimale de mise au point un peu trop lointaine : 0,9 mètre. Les versions ultérieures du Minox descendent à 0,7m, c’est déjà mieux.
Quand on y jette un œil, on y voit (pas super bien) le cadre de visée en semi-transparent et quelques indications de vitesses sur la droite : 1/500e, 1/125e, 1/30e. Il y a un espace vide entre chaque chiffre. On devine aisément que lorsque l’aiguille se positionne entre 500 et 125, on se trouve au 1/250e. En-dessous de 1/30e il n’y a plus d’indications, ce qui ne signifie pas que le Minox soit incapable de pose longue (on peut poser autour d’une dizaine de seconde, selon la sensibilité du film), mais seulement que vous n’aurez pas d’information.

L’affichage des vitesses est renseigné par une cellule spécialement dédiée à cet usage. En effet, il existe une autre cellule identique pour l’obturateur. Les deux sont logées sur la façade de l’objectif, dans la fenêtre en arc de cercle.
Ce système ne pose pas de problème tant qu’il n’est pas en panne, car dans le cas contraire, vous pouvez avoir l’affichage correct à la visée, et des erreurs sur le film !
Ceci étant dit, cet affichage simplifié est bien suffisant, le Minox étant dédié à la photo de reportage à main levée.
Le viseur est clair et net, mais le cadre n’est pas toujours bien lisible en toute circonstance. Aujourd’hui, il est courant de tomber sur un exemplaire aux lentilles très sales. Si vous êtes bricoleur, vous pouvez démonter la bête pour le nettoyer, mais ATTENTION : la lentille située juste après celle en façade est métallisée sur sa face interne. Cette surface sert à rendre visibles les indications dans le viseur (qui sont imprimées sur une lame de verre plane, un peu en aval).
Ce revêtement est extrêmement fragile. Un simple nettoyage au produit à vitre le détruit entièrement, j’en ai fait l’amère expérience! Conséquence : le cadre de visée et les chiffres deviennent quasi invisibles ! J’en ai été quitte pour récupérer cette pièce sur une épave de Minox (heureusement trouvée pour presque rien).
Le viseur démonté. La lentille n°2 est métallisée sur sa face interne (flèche rouge). Ne pas y toucher! Voici le résultat si vous prenez le risque…
Pour remonter le capot, il faut tirer sur le levier visible sur la photo, à l’aide d’une ficelle. Cela permet de descendre le capot facilement, sans coincer. Une fois ce dernier en place, il suffit de tirer sur la ficelle pour enlever celle-ci.
L'exposition
Classiquement, il s’agit d’une mesure globale, sans doute pondérée. Réputée très sensible aux lumières parasites et contre-jours, d’où la présence bien utile d’une touche X2, qui permet de surexposer d’un diaph. Certains utilisateurs se servent du capot comme d’un pare-soleil, en tenant l’appareil à l’envers. Ca me saoûle de faire ça…
Avec les 4 piles SR-44, mon Minox sous-expose largement, mais régulièrement. D’environ 1 diaph et demi. Malgré ce que j’ai lu ici et là, l’appareil est bel et bien sensible au voltage de la source d’énergie, à moins qu’il s’agisse d’une spécificité de mon exemplaire.
La solution est très simple : il suffit de tromper la cellule en affichant un réglage ISO plus bas. Personnellement, je me cale à 64 ISO pour un film 200 ISO. Cela fait +1,7 diaph de correction. En négatif, c’est parfait, les images ont juste la densité idéale : légèrement surexposées, pour compenser une sous-ex accidentelle.
Mais j’aimerais bien quand même que ma touche X2 remarche ! Pour l’instant, malgré un démontage complet de tout le corps du boîtier, je n’ai rien trouvé d’anormal. Il semblerait qu’un composant électronique ait décidé de prendre sa retraite prématurément, ce qui n’est pas dans l’air du temps, et me contrarie singulièrement. Au passage, l’examen interne démontre que tout ça est construit « léger », le plastique domine. Il n’est pas étonnant qu’il tombe en panne régulièrement. 3500 balles, qu’il coûtait pourtant, le bestiau ! On en vient à rêver que la mondialisation ait démarré plus vite…
Le sélecteur de sensibilité du film, avec ses indications sérigraphiées. Pour tomber juste, il vous faut tricher sur les ISO, en réglant par exemple sur 64 ISO pour un film de 200 ISO. Mais c’est un piège potentiel en cas de confusion, ou de prêt à un tiers non avisé. Si bien qu’il vaut mieux refaire le sélecteur en plaçant les nouvelles valeurs en face des bons repères (image du milieu). Si votre appareil a la même dérive que le mien, vous pouvez télécharger directement ce fichier et l’imprimer (le cadre blanc doit faire 2,5 cm de large, c’est le repère de découpe). Avant de sortir le cutter, je vous conseille de recouvrir ce schéma de scotch de bureau pour le rendre résistant aux frottements. Il vous suffit ensuite de le coller par dessus l’ancien marquage. Ainsi, plus d’erreur possible. Vous noterez que 100 ISO devient la valeur la plus basse utilisable, mais c’est sans importance, le Minox n’étant pas approprié aux films lents. Encore une fois, la sensibilité idéale est 400 ISO.
L'obturateur et le déclencheur
Il s’agit d’un obtu central, situé dans l’objectif. De par sa cinématique très particulière, il est extrêmement sensible à l’oxydation, aux chocs et à la poussière : plusieurs lames se mettent alternativement en contact électrique les unes avec les autres, assurant le bon fonctionnement de l’ensemble. On comprend vite que le Minox n’aime pas les environnements rudes. Mais si on en prend soin, il est OK.
Sans pile, l’obtu semble fonctionner : l’appareil déclenche, on peut réarmer, mais en réalité, les rideaux ne s’ouvrent pas.
Son fonctionnement est tellement silencieux que c’est bien sûr extrêmement discret, mais aussi agaçant : on n’entend presque pas le déclic, qui assure que la photo a été prise.
Le déclencheur est particulièrement désagréable : beaucoup trop mou (ressort de rappel ridiculement trop faible) et sensible, la photo est prise inopinément, pas toujours au moment où on l’a vraiment décidé. Ce déclencheur calamiteux nécessite un bon apprentissage, c’est à mon avis un point très problématique. Si vous démontez la bête et que vous avez en stock un ressort plus puissant de la bonne taille, n’hésitez pas !
L’obturateur couvercle retiré. On y voit les nombreux contacts nécessaires à son bon fonctionnement. Les deux grosses vis servent à régler le bon positionnement des contacts. C’est la première chose à tenter en cas de panne (il faut faire glisser un poil la platine une fois les vis dessérées). Et ce déclencheur honni qui me file la chiasse rien qu’à le regarder… Sa couleur est bien choisie.
L'objectif
Elément essentiel sur lequel le Minox a construit sa réputation. Il s’agit classiquement d’un 35mm de focale, mais lumineux : ouvert de 2,8 à 16. Formule Tessar à 4 lentilles.
Particularité, les lamelles du diaphragme ne sont pas circulaires, mais en goutte d’eau. Et leur forme change en fonction de l’ouverture. On obtient ainsi des bokehs très typés (bien que discrets, car la PDC reste grande avec un 35 mm).
On trouve une fourchette de PDC précise et claire, ainsi que l’affichage des distances très complet, ce qui va bien servir !
Ses performances sont-elles à la hauteur de la légende ?
A l’examen des négatifs du premier film, j’ai été agréablement surpris par son très bon piqué au centre, même à 2,8. Cette ouverture est utilisable. Il n’en va pas de même des angles, qui accusent une baisse de rendement significative, mais cela s’améliore en diaphragmant, si bien qu’à 5,6, on obtient de très bonnes images de reportage, avec un bon contraste. 8 et 11 étant les meilleurs diaphs. A 16, ça se maintient aussi.
J’ai été très impressionné par l’absence de distorsion, c’est un point vraiment positif. Le vignettage est également faible, et disparaît dès f/4.
Au final, l’objectif est effectivement très bon à partir de f/5,6, mais il n’atteint pour autant pas l’excellence, ce qui aurait été chouette au moins au centre autour de 8. En pratique, on n’utilisera pas vraiment les diaphs très ouverts (2,8 et 4), en raison d’une trop grande exigence de précision de la mise au point. Du coup, la luminosité maximale ne sert pas trop… sauf en plan large ou à l’infini éventuellement (paysages).
Ces performances, bonnes dans l’absolu, sont parfaitement adaptées à son domaine d’utilisation. Objectif donc tout-à-fait satisfaisant.
Ce n’est pas rien, et on touche là un point essentiel, car chacun sait qu’en argentique, du moment que l’optique est bonne, le but est atteint. En vérité, toute la réputation de Minox est contenue dans ce caillou. Il est certain qu’il n’aurait pas eu le succès qu’on connaît avec un objectif moyen. Beaucoup de concurrents ne l’ont jamais compris, produisant des appareils charmants et plein de bonnes idées, mais munis d’objectifs dégueulasses.
La mise au point
Là, on entre sérieusement dans le vif du sujet…qui fâche ! En effet, le Minox est un « zone focus », c’est-à-dire que le point doit se faire « à l’estime »!
On peut penser que dans ces conditions, les risques sont grands de se retrouver avec la majorité de ses images floues.
En réalité, ce n’est pas le cas, si on prend plusieurs précautions :
– Utiliser un film négatif entre 100 et 400 ISO, afin de rester dans la plage de l’obtu (1/500e maxi) et du diaph (f/16 maxi). Un film de 400 est parfait, même en plein soleil (on est à 1/400e à f/16). Eviter les films lents (qui demandent des grandes ouvertures : risque de point imprécis), ou la diapo (aucune tolérance aux erreurs d’expo).
– Fermer au maximum le diaph selon la lumière du moment. On peut descendre facilement au 1/15e grâce à l’obtu très léger.
– Utiliser la table de profondeur de champ et abuser de l’hyperfocale.
– Estimer les distances : par exemple, 0,9 m correspond à 15 cm de plus que le bout de mes doigts, bras tendu.
– Et solution miracle : utiliser The Human Rangefinder !
Son principe est simple : il repose sur la parallaxe qui existe entre les deux yeux. Pour que ça fonctionne, il faut mesurer l’écart entre le centre de ses pupilles, puis la distance entre son oeil de visée et son bras tendu (tenant une carte de visite face à soi). On rentre ces paramètres dans la feuille de calcul et on obtient son Human Rangefinder personnel !
Mode opératoire :
– On garde seulement l’œil gauche ouvert, et on cale la butée (repère zéro) de la règle contre l’objet que l’on souhaite voir net.
– Puis on ouvre l’œil droit (en fermant le gauche) pour lire la distance mesurée, grâce à la parallaxe entre les deux yeux. Il n’y a plus à reporter cette valeur sur l’appareil.
La précision du système dépend complètement de votre sûreté à tenir fixement la règle, et au positionnement exact de celle-ci sur le sujet. Sans parler de la rigueur de vos mesures œil/bras ! En pratique, c’est peu précis, mais ça a le mérite d’éviter les grosses erreurs de jugement.
L’œil gauche ouvert, on cale le zéro contre le sujet. Puis on ouvre l’œil droit (en fermant l’autre), et on lit la distance résultante. Ici : 1,5 m.
Sur le terrain
Premier truc gênant : l’appareil vient sans anneaux de fixation pour courroie de cou… C’est ballot !
Bon, ils sont disponibles sur l’étui en cuir non fourni d’origine (et qu’il faut trouver d’occasion), mais je vous le recommande quand même, car il est pratique. En plus, j’y glisse mon Human Rangefinder contre le dos du boitier (le laissant dépasser), ainsi, il est toujours prêt à servir.
Pour charger le film, il vaut mieux être au calme, afin de ne pas faire tomber le dos, mais aussi parce que ce n’est pas si simple : le logement pour la cartouche est vraiment petit, sans la moindre marge. On a parfois du mal à l’insérer correctement. Pour le reste, c’est assez classique : il faut glisser l’amorce dans la fente métallique, armer pour tendre le film, et refermer.
L’avancement du film se fait en deux temps : deux coups sur le réarmeur. J’ai noté sur mon exemplaire une tendance à déclencher sans ouvrir l’obturateur si on réarme en deux grands coups rapides. Sans doute une usure des pignons. Pour parer à ce défaut, il vaut mieux armer calmement, et en plusieurs petits coups (trois ou quatre).
La cellule ne se met en route que lorsque que l’abattant est ouvert et qu’on a réarmé (dans cet ordre). Donnez-moi le nom de l’imbécile qui a eu cette idée de génie, j’ai des choses à lui dire… En effet, cette conception vous inflige une fois sur deux de ne pas savoir à quelle vitesse vous travaillez. Car imaginons que vous sentiez une photo potentielle pointer son nez… vous ouvrez l’abattant (car bien sûr, impossible de jeter un œil dans le viseur capot fermé). Ca se présente bien, vous armez l’appareil, prêt à déclencher. Déjà, c’est seulement à ce moment tardif que la vitesse s’annonce (vous privant de la possibilité de régler par avance le diaphragme en fonction de la lumière : avec le Minox, toutes les occasions sont bonnes pour perdre du temps). Et puis non, la scène ne mérite finalement pas une photo. Vous refermez le capot. A l’occasion suivante, c’est mort : comme l’appareil est déjà armé, vous aurez beau avoir ouvert l’abattant, impossible de réactiver la cellule. Vous en êtes quittes à devoir prendre l’image sans connaître la vitesse, en priant pour avoir évité le flou de bougé. Heureusement, l’exposition, elle, sera bonne (la cellule qui commande la durée de l’obturation est toujours opérationnelle).
Par conséquent, vous vivez constamment avec ce choix cornélien : soit vous continuez de vous balader abattant ouvert, et cellule en marche en permanence (car bien sûr, elle reste active tant que le capot est dans cette position), usant les 4 piles sans complexe; soit vous refermez le capot, ce qui éteint définitivement la cellule, sans espoir de la réactiver à la prochaine ouverture (puisque l’appareil est déjà armé). Ce n’est que lorsque vous aurez pris la photo à l’aveugle que vous aurez droit, lors de l’armement suivant, à voir de nouveau bouger l’aiguille du posemètre.
Et voilà où mène une conception mal pensée par des ingénieurs qui n’utilisent jamais leur bébé en conditions réelles. Et ils en sont fiers, pourtant ! Ils le disent clairement dans le mode d’emploi !
Bref, c’est une vraie plaie. Je ne sais pas si Minox a fini par se réveiller dans les versions suivantes. Espérons.
J’ai déjà parlé du déclencheur mal fichu, mais au moins il y a une sécurité : impossible de déclencher par mégarde avec l’abattant fermé. C’est bien, mais ça ne fait pas oublier le coup du posemètre.
A l’usage, l’appareil est extra de par sa taille et son poids : il tient vraiment dans une poche, et au cou, il se fait oublier. On peut donc réellement l’emmener partout avec soi. C’est génial.
La vraie difficulté, c’est toujours de réussir une mise au point parfaite : quand la lumière est abondante, et qu’on shoote des plans larges, aucun souci (la PDC est grande), mais ça se corse quand on se rapproche du sujet et que la lumière vient à manquer. A vous de jouer, aidé de l’Human Rangefinder et de votre capacité à jongler avec l’hyperfocale !
Je dois dire que cette difficulté est assez amusante à gérer, c’est comme un challenge à relever ! Je suis plutôt surpris du taux de réussite élevé auquel on parvient assez vite.
Néanmoins, il ne faut pas se leurrer : il est très difficile de déclencher rapidement tout en assurant un point précis, justement en raison de la difficulté à réussir celui-ci. On est contraint de pas mal réfléchir avant de shooter. N’espérez donc pas trop photographier à la volée en toute circonstance, sauf si vous n’êtes pas très regardant sur le piqué. De ce point de vue, le Minox est très frustrant : pour une bonne image, il faut du temps.
L’étui cuir, bien pratique, mais qu’il faut dénicher. J’y glisse le Rangefinder en le laissant un peu dépasser.
Au final
Le Minox 35 GT est un appareil paradoxal. Mélange de traits de génie et d’imbécilité crasse, comme si un chef d’équipe brillant avait confié ses idées et la réalisation à une équipe paresseuse et démotivée, sabotant les détails, mais préservant l’essentiel.
Les versions suivantes du Minox 35 vont progressivement s’attacher durant 20 ans à gommer la plupart des défauts que j’ai mentionnés (rien ne presse, y’a pas de concurrence !), et il semble que les dernières versions soient plus agréables et fiables, avec quand même certains retours en arrière incompréhensibles d’un modèle à l’autre (une bonne idée est faite pour être supprimée rapidement, c’est bien connu !).
Au final, nous voilà en présence d’un outil d’usage assez limité, bourré de défauts, et un vrai nid à pannes, mais quand il marche, il est amusant à utiliser, et les résultats sont réellement bons !
Il est idéal en photo de rue, ou pour des souvenirs simples en extérieur, mais il demande un bon savoir-faire photographique pour en tirer le meilleur. Ce n’est donc pas un appareil pour débutant, malgré son apparence.
Alors est-ce que désormais je le conseillerais à ma nièce ? Sûrement pas. C’est un jouet à vous dégoûter de la photo quand on ne veut pas se prendre la tête avec la technique. Et aujourd’hui, il est devenu vraiment peu fiable. La plupart ont un défaut, quand ils ne sont tout simplement pas en panne sèche. Avec un Minox, on n’est jamais sûr d’avoir réussi sa photo, ni même de l’avoir prise…
Mais je l’aime bien quand même, mon Minox ! Peut-être parce que j’avais bavé dessus étant plus jeune… J’y mets des films périmés dedans, et je déclenche sans trop me prendre au sérieux. Enfin, tant que je ne m’en suis pas complètement lassé, ce qui ne va pas tarder à arriver.

j’en ai acheté 3 et aucun ne fonctionne correctement. Pouvez-vous me conseiller un bon réparateur SVP ?
Vous en remerciant
Franck
Bonjour,
Merci pour votre commentaire. Il est de fait que le Minox 35 n’est pas fiable. Je ne connais pas d’adresse de réparateur en particulier, mais je pense que cela doit se trouver facilement sur le web. Votre problème est-il lié à l’obturateur?
Je suis d’accord, mais si seulement il pouvait être fiable! Mais je crois que les dernières séries sont plus solides.
Bonjour Tristan,
Merci pour ce superbe article de cette machine atypique et terriblement attachante !
J’ai eu la chance de récupérer celui de mon grand père en état correct qui semble bien fonctionner. Seul le réarmement de la photo bloque à mi-armement, il faut débrayer (bouton du dessus) puis réarmer entièrement. Cela vous est-il déjà arrivé ? J’imagine que c’est moins grave qu’un obturateur en panne et que cela doit se réparer.
Merci Tristan !
Thibault
Bonjour Thibault,
Merci d’avoir apprécié mon article!
Je n’ai jamais rencontré le problème que vous citez, mais j’imagine que cela peut se réparer par un spécialiste.
Votre témoignage ajoute encore du crédit au fait que bien peu de Minox 35 sont aujourd’hui pleinement opérationnels. La liste des pannes possibles pour cet appareil est étonnament longue!