Vous vous en foutez peut-être, mais j’aime bien raconter le contexte d’un projet. Ça lui donne l’importance qu’il n’a pas, et ça m’entraîne pour le Goncourt.
L’histoire commence d’une façon bouleversante : Au temps jadis, lors d’une visite à un copain collectionneur, et possesseur d’une boutique aux Puces, mon fils s’est vu offrir une magnifique caméra Super 8 en panne, et ma fille un vieil appareil-jouet en « plastique ». Car j’ai oublié de préciser que j’étais venu en famille, et personne n’était reparti les mains vides. Je remercie mon copain pour sa générosité, mais lui signale que malgré ses efforts, il n’est pas encore parvenu à convertir ma progéniture à la magie de l’image. Je l’ai dit, c’est bouleversant.
Pourtant, ses cadeaux n’ont pas été inutiles, car, après avoir été délaissée par mon fils (environ 12 mn plus tard) la caméra est passée entre mes mains pour une réparation délicate dont je ne suis pas peu fier (un groupe de lentilles du zoom était devenu opaque en raison d’un souci avec le baume du Canada, vous voyez d’ici le challenge, ça mériterait un article). Bon, bien que fonctionnant désormais comme au premier jour, elle dort à nouveau dans un placard, mais elle est disponible pour le cas où mon fils se sentira prêt à relever un Spielberg sur le déclin. Les chances sont certes minces, mais pas nulles, et il faut tout prévoir.
Le cas de l’appareil-jouet de ma fille est différent, car il a servi plus longtemps, étant donné son côté mignon. Facilement plusieurs minutes supplémentaires de clic-clac « pour de rire ». Malgré cet intérêt évident bien qu’éphémère, il a lui aussi fini par retrouver le chemin du placard aux oubliettes. Et je dois dire que celui-là n’a pas eu l’honneur de m’intéresser sur le moment.
Et puis un jour, autour d’une discussion à propos de ce copain collectionneur, ma fille me rappelle qu’elle a toujours l’appareil qu’il lui avait donné. Piqué par la curiosité, je demande à le revoir, et je constate qu’il semble « sauvable », malgré quelques gros soucis. « Ça te dirait de faire des photos avec ? » Que je lui dis. Sachant d’avance combien cette proposition était lâchement égoïste.
C’est là que le projet « Baby Brownie très spécial » commence.
Baby Brownie Special...
C’est ce qui est écrit en façade de l’engin, qui ne paye pas de mine, tout en bakélite qu’il est. De forme cubique, muni d’un objectif simpliste et sans aucun réglage, je me dis qu’il doit s’agir d’une sacrée bête de course.
Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Le bidule est bien mieux conçu qu’il n’y paraît.
Après quelques recherches, j’apprends qu’il a eu une longue carrière, puisque commercialisé de 1939 à 1954. Le nom en soi a du sens : Baby Brownie explique son format, plus petit que le Brownie tout court (de format 120). Special explique une évolution du modèle de base (un meilleur viseur). Et Brownie est une référence à de petits lutins du folklore américain (ça fait vendre).
C’était vraiment l’appareil de M. Tout-le-Monde, vendu au tarif apparemment incroyable de 1,25 dollar. Ce montant très bas ne doit pourtant pas tromper, il équivaut à une cinquantaine d’euros d’aujourd’hui, et à ce prix, on s’attend à un minimum de qualité. C’est pourquoi Kodak a plutôt soigné le travail, comme on va le voir.
Sans pour autant faire de miracles : objectif ménisque à un seul élément, vitesse et ouverture fixes, la fiche technique est indigente ! Néanmoins, un format de film généreux de 4X6,5 cm (sur bobine 127), plutôt étonnant compte tenu des dimensions modestes de l’appareil (mais il y a une bonne raison). Si l’on tient compte de l’époque, où les films avaient une sensibilité « normale » autour de 25 à 50 ISO, on comprend que seul le grand soleil était apte à produire un négatif correctement exposé.
Tout bien pesé, le concept est exactement le même qu’un appareil jetable d’aujourd’hui : lentille unique, vitesse et diaph fixes, tout repose sur la tolérance du film. L’utilisateur n’a qu’une chose à faire : déclencher, en gardant en tête que la distance minimale est de 1,5 m.
A la différence près que le Brownie est réutilisable.
Quel potentiel ?
Une capture d’écran du site Lomography. Rendu complètement hétérogène.
A quelle qualité faut-il s’attendre ? Un petit tour sur Flickr et le site Lomography va nous montrer quelques exemples. Tout de suite, on constate que la majorité des images présente un flare énorme, et beaucoup de flou. Avec une zone vaguement nette au centre. Mais quelques images sortent du lot, présentant un piqué raisonnable et un contraste de bon aloi. Là, je me dis qu’on peut en sortir quelque chose !
La raison du flare est simple : les utilisateurs n’ont pas pris soin de nettoyer l’objectif, surtout sa face interne, très difficile d’accès. Par ailleurs, le rendu merdique vient souvent de l’emploi d’un film 127 périmé, le format ayant disparu des étals habituels.
Pourtant, le 127 reste disponible à la vente, grâce au dynamisme de quelques acteurs, notamment Ilford. Chaque année, cette marque propose de produire des formats spéciaux ou disparus, lors d’un lot exceptionnel. Cette proposition s’adresse à ses clients revendeurs, qui se chargent ensuite de les mettre dans le circuit commercial. De temps en temps, le format 127 figure parmi les élus.
Mais dans le détail, c’est plus compliqué que ça. Ilford fabrique des bandes de film brutes d’une certaine largeur, et la mise en bobine est confiée à un sous-traitant. C’est le cas du 127. C’est la raison pour laquelle son prix est assez élevé (comptez 20 Euros le rouleau).
En plus, d’autres marques proposent du 127, si bien qu’on a la chance d’avoir pas mal de choix : Shanghai GP3, Rollei, Rera noir et blanc, négatif couleur et même inversible couleur ! En 100, 200 et 400 ISO.
Il est même possible, si jamais ces références venaient à disparaître, de fabriquer son propre film 127, à partir d’un film 120 découpé (il faut quand même pouvoir disposer d’un axe original).
Donc, aucune excuse pour éviter de s’y mettre !
Le film 127 se présente comme un mini 120. Sur ces exemples, il n’y a plus que la bande de papier protecteur, c’est pourquoi le rouleau semble à moitié rempli.
Le tour du proprio :
Comme déjà dit, l’appareil est construit presque entièrement en bakélite noire. Ce matériau très cassant rend l’appareil vraiment fragile : vous le faites tomber, il pète à tous les coups. Ça n’a pas loupé, mon exemplaire présente des traces d’accidents passés, ce qui va compliquer son usage, l’étanchéité à la lumière étant compromise.
L’objectif est un ménisque simple, mais en verre. La lentille est sertie dans un anneau en bakélite, et le tout est enfoncé dans la coque, maintenu par coinçage en force. Diaphragmé à f/11 d’après les descriptions sur le web, bien que ce ne soit pas officiellement annoncé par Kodak (aucune trace de cette ouverture dans le mode d’emploi d’époque, et rien d’écrit sur l’appareil). On verra si c’est vrai…
La focale fait 65 mm, ce qui, combiné au format très grand (compte tenu de la taille de l’appareil), donne un angle de champ comparable à un 35 mm en 24X36. C’est assez impressionnant !
La surface généreuse de 4X6,5 cm était surtout le résultat d’un usage typique de l’époque, oublié aujourd’hui : pour des raisons économiques, on n’agrandissait pas les négatifs, se contentant d’un tirage par contact. On comprend donc qu’il soit nécessaire d’obtenir un négatif le plus grand possible pour éviter l’effet timbre-poste. Par la même occasion, l’agrandissement étant rare, la netteté n’a pas besoin d’être très élevée. Il suffit d’être à peu près net au centre et basta.
Le viseur est un vrai viseur optique, ce qui est une évolution notable du modèle précédent, qui se contentait d’un simple trou rectangulaire. Composé de deux lentilles, il cadre correctement (trop serré par rapport à ce qui est vraiment enregistré), mais l’image est perçue comme au bout d’un tunnel. Néanmoins, il fait le job.
L’avance du film est typique des appareils anciens : un bouton qui fait tourner la bobine, une fenêtre rouge pour voir les chiffres défiler sur le papier protecteur du film. On ne peut pas faire plus simple et du coup, fiable. Avec un petit problème : risque de surimpressions involontaires si on est étourdi ! Mais ce risque est facile à combattre : il suffit de se discipliner à avancer le film sitôt la photo prise, en toute circonstance. C’est aussi à vous de faire en sorte que les images soient régulièrement espacées, selon votre soin à vous arrêter d’avancer avec précision. Je préfère ça à devoir faire confiance à un mécanisme sophistiqué et qui peut tomber en panne à tout moment.
Le déclencheur est un peu déroutant, car mal placé : au lieu d’être classiquement situé sur le dessus du boîtier, Kodak a choisi de le positionner en façade. On est contraint de l’actionner par un geste latéral, ce qui nuit à la stabilité. Sa course est très longue, et on ne sait pas à quel moment l’obturateur va partir. C’est un gros défaut, accentué par la vitesse d’obturation dangereusement basse (1/40e) : vous risquez à tout coup le flou de bougé. Voilà une vraie difficulté, et il faut beaucoup de concentration pour déclencher.
Le bouton d’avance est muni d’une feutrine entourant son axe, et qui vient se plaquer sur la coque, permettant d’assurer l’étanchéité à la lumière. Si cette feutrine est absente, attention !
Les deux parties de l’appareil sont maintenues par deux sortes d’agrafes coulissantes, qui sont plus ou moins tordues en général, et par conséquent, elles ne sont pas faciles à actionner. Mais ça se redresse.
Et il y a aussi une sorte de sangle en cuir tressé qui fait mon étonnement et ma colère. Y’a rien de plus mal fichu ! Déjà elle est moche, mais ça n’engage que moi, et surtout, elle a une tendance naturelle à retomber juste devant le viseur… En plus, elle est tellement courte qu’elle ne sert à rien. Qu’est-ce qu’elle fout là ? Mais vous pouvez la rendre utile, en y attachant une vraie sangle (vous savez, les courroies qu’on vous donne dans les évènements et qui vous permettent d’y pendre votre badge avec votre nom).
Prenez garde à l’état du matériau sur la zone de jonction entre les deux parties de l’appareil. C’est souvent là qu’on constate de la casse.
Ben voilà, c’est tout. On a fait le tour de l’extérieur…
Les boutons blancs sont en bakélite aussi. Constatons les parties cassées : ce genre de détérioration est très courant sur les appareils fabriqués dans ce matériau. Si vous ne voulez pas vous lancer dans une restauration délicate, et afin d’éviter des fuites de lumière, un peu de patafix pour boucher les trous fera l’affaire ! Remarquez la feutrine autour du bouton d’avance.
A l’intérieur, Kodak, motivé par la contrainte économique sans sacrifier trop la qualité, a déployé énormément d’ingéniosité. C’est là que se trouve tout le savoir-faire de la célèbre firme.
Le couloir de film est curieux, car il est courbe ! L’explication est simple : c’est une astuce pour contrer le défaut de courbure de champ de l’objectif primitif.
La courbure de champ amène un objectif qui en est affecté, à faire le point non pas sur une surface plane, mais sur une portion de sphère. Hélas, il est impossible de concevoir un couloir de film de forme sphérique, car la bobine ne peut pas suivre une telle surface. C’est pourquoi on utilise une portion de cylindre, un compromis qui permet de contraindre le film à suivre cette forme, au détriment d’une correction seulement partielle de la courbure de champ. C’est mieux que rien !
Pour que la netteté soit assurée (dans les limites des capacités de l’objectif), il est nécessaire de contraindre le film à rester dans les tolérances de la profondeur de foyer. Habituellement, cette fonction est assurée par un presseur de film, pourtant apparemment absent du Baby Brownie. En fait, c’est tout le dos de l’appareil qui sert de presseur : sa forme épouse la courbure du couloir de film et oblige ce dernier à rester bien en place. Malin !
Le couloir a été imaginé de telle sorte que tout frottement (et donc risque de rayure) soit éliminé : le film ne touche jamais directement l’appareil à l’endroit où se forment les images. Vachement ingénieux…
La chambre est garnie de bafflages anti-flare, pour lutter autant que faire se peut contre la perte de contraste. Ce qui évite d’ajouter une peinture mate.
L’appareil ouvert. Notez le couloir de film courbe, et les petites bosses sur ce couloir : elles trouvent leur équivalent en creux à l’intérieur du dos. Ce dernier sert de presse-film. L’émulsion ne touche l’appareil qu’à l’endroit des marges. Au fond de la chambre, on découvre les deux grosses vis qui donnent accès à l’obturateur. Pour que l’appareil soit opérationnel, il est absolument indispensable qu’il soit muni d’une bobine réceptrice. Prenez soin de bien vérifier sa présence au moment de l’achat. Si elle est absente, on en trouve en pièce détachée (c’est simplement l’axe vide d’une précédente bobine 127).
L’obturateur est la plus grande prouesse du Baby Brownie. Il est très facile d’accès à tout bricoleur, puisqu’il suffit d’enlever deux vis pour y accéder. Une fois la chambre et la plaque de protection déposées, on découvre une mécanique d’une incroyable simplicité : deux pièces mobiles (d’une forme très ingénieuse), mues par un ressort permettent à tout coup d’assurer un temps de pose fixe avec une grande constance et fiabilité, tant que le ressort n’a pas cassé, ou que rien ne vient coincer les mouvements (sable, crasse). J’admire vraiment cet obturateur, qui illustre le principe de bien faire avec très peu. Chapeau au gars qui en a eu l’idée.
Le morceau de bravoure du Baby : son obturateur, d’une simplicité géniale.
La cinématique de l’obturateur, filmée au ralenti à 240 images par seconde.
En ce qui me concerne, une lentille manquante dans le viseur rend mon appareil impossible à utiliser. Et pas de bricolage envisageable. J’ai donc pris le parti de chercher un second exemplaire, si possible défraîchi, pour avoir moins de peine à le cannibaliser. Ce n’est pas si facile à trouver, car j’ai été surpris de voir à quel prix indécent l’appareil se négocie (autour de 30 à 40 Euros). Mais ouf, je suis tombé sur LBC sur un vendeur proposant un exemplaire avec l’obturateur cassé, pour 10 Euros.
A la réception, j’ai découvert que non seulement le viseur était intact, mais aussi que toute la partie arrière (solidaire du viseur), était en meilleur état, car avec beaucoup moins de zones cassées sur la gouttière d’étanchéité. En plus, la présence de la lanière en cuir était effective, là où elle n’existait pas sur mon exemplaire.
Deux Baby Brownies… Celui de l’avant-plan a servi de réserve de pièces détachées saines pour l’autre.
Du coup, j’ai simplement fait l’échange standard des dos. J’ai aussi récupéré toute la chambre d’exposition, car la feutrine d’étanchéité autour de l’axe d’avance du film était présente. En bref, j’ai juste gardé la façade de mon appareil (incluant l’objectif, l’obturateur et le déclencheur)…
La première chose à faire, c’est de nettoyer l’objectif, surtout sa face interne. Comment procéder sans tout casser ? Ne tentez surtout pas de séparer la lentille de la coque. Elle est tellement coincée que vous risquez de la détruire. C’est ce qui m’est arrivé en voulant démonter celle de mon second exemplaire. J’ai voulu pousser par l’intérieur avec une baguette. J’ai si bien œuvré que la lentille a explosé !
Donc pas d’autre choix que de passer par la minuscule ouverture du diaphragme. Il vous faut au préalable démonter la chambre d’exposition en dévissant les deux grosses vis qu’on aperçoit à l’intérieur. L’obturateur vous dévoile ses entrailles. Déconnectez le ressort (sans le casser), et coincez la lame de l’obturateur reliée au déclencheur au moyen de ruban adhésif. Ainsi, le trou du diaphragme apparaît.
Il suffit ensuite de vous munir d’un cure-dent entouré d’un peu de coton imbibé d’alcool. Puis de le passer par le trou, et c’est parti pour le nettoyage. Rien que cela va vous décupler le rendu, passant de dégueulasse à pas mal. Ça vaut vraiment le coup, vous rétablissez les performances d’origine !
Comment nettoyer la lentille au verso. Il faut glisser par le trou un cure-dent avec un peu de coton imbibé d’alcool. Ne tentez surtout pas de démonter l’objectif, même si certains y sont parvenus. Voici ce qui m’est arrivé, heureusement, sur l’exemplaire bis !
Ce que donne le Baby Brownie Special.
J’ai d’abord envisagé de transformer un film 120 en 127. Il suffirait pour cela de fabriquer un découpeur calqué sur le principe de ceux que j’ai déjà réalisés pour le Minox 8X11 ou le Pentax Auto 110. Faisable, mais il faudrait encore disposer d’un axe central aux bonnes cotes, et de calculer l’emplacement des numéros sur le papier protecteur.
Mais comme des films neufs sont encore disponibles, cela n’a pas beaucoup d’intérêt. J’ai donc tout simplement acheté quelques bobines d’Ilford HP5 Plus de 400 ISO.
400 ISO… N’est-ce pas beaucoup trop sensible, alors que l’appareil est conçu pour du 25-50 ISO des années 1950? Tout-à-fait, mais j’ai une idée derrière la tête…
Avant de dévoiler le bricolage envisagé, voyons voir ce que donne l’appareil tel quel.
Pour cela, j’ai décidé de ne pas sacrifier un film si chèrement acquis juste pour voir le degré de flou. Il se trouve que j’ai par-devers moi un dernier plan-film d’Ilford Delta 100 dont je ne savais pas quoi faire (rien n’est plus con qu’un seul PF dans une dernière boîte). Bien, découpons-le en 4 au format 4X6,5 cm (en fait, deux d’entre eux seront un peu plus petits), et chargeons le machin à la main, image par image, dans le noir.
En plein soleil (indice de lumination 15), du 100 ISO, c’est encore trop sensible, il y a en théorie deux diaphs de trop (rappel : l’appareil ouvre à f/11 pour 1/40e à priori). La cellule à main digitale m’annonce f/22 et 1/30e pour 100 ISO. N’oublions pas que le Brownie est prévu pour les 25-50 ISO des films d’époque, ce qui est cohérent. A 25 ISO, c’est parfait, à 50 ISO, c’est surex d’un stop, mais tolérable.
Donc, pour bien exposer du 100 ISO, j’ai donc pensé à ajouter simplement un filtre polarisant devant l’objectif. J’en ai un qui retire exactement 2 diaphs, génial ! En plus, en 37 mm de diamètre, une petite taille idéale. Un peu de Patafix, et c’est gagné !
Donc les f/22 sont ramenés à f/11, ce qui devrait donner une exposition exacte.
Je fais une première photo, et le résultat me surprend : l’image est sous-exposée d’un diaph. Parfaitement utilisable, mais où est passé ce qui manque ?
En fait, ce diaph d’écart semble incohérent avec les f/11 et 1/40e que l’ont tenait comme acquis concernant ce bébé. J’ai compris que l’appareil n’ouvre pas à f/11, mais à f/16. Car la vitesse de 1/40e semble bien proche de la réalité. En effet, grâce à mes connaissances légendaires en mathématiques (et l’aide abusive de ChatGPT…), j’ai pu (faire) calculer la vitesse effective rien qu’en filmant au ralenti l’action de l’obturateur. A 240 images/secondes (merci l’Iphone 12), et pour 11 images où l’objectif est découvert, ChatGPT m’a sorti un temps de 1/36e. Il a même tenu compte de l’accélération de la lame en fin de course.
Donc, la vitesse étant à peu près juste, le point noir est le diaphragme. L’annonce de f/11 qui court partout sur le net est fausse. En fait, l’objectif ouvre finalement à f/16, ce qui est cohérent avec le besoin de profondeur de champ d’un appareil moyen format fixfocus, par nature beaucoup moins tolérant sur ce point qu’en 24X36. Du reste, certaines sources minoritaires indiquent bien quand même f/16.
Donc, rétablissons une vérité : le Kodak Baby Brownie Special ouvre à f/16. Oui, j’ose le dire, tant pis pour les risques que je prends. Quand le courage a un nom.
La manière la plus pratique de monter un filtre : coller à la Patafix un adaptateur. Cela donne un filetage qu’il vous suffira de choisir compatible avec votre polarisant (ici 37 mm). Ainsi, vous pourrez monter et démonter facilement ce dernier.
Le résultat :
Voici donc la première photo… Pour les points positifs : pas de grain (merci le Delta 100 et le format généreux), et pas non plus de vignettage. Le contraste est pas mal, vive le nettoyage efficace.
Pour le reste, ça laisse vraiment à désirer. En fait, c’est net seulement sur une petite pastille centrale. Dès qu’on s’en éloigne, ça devient de plus en plus flou, jusqu’à en devenir caricatural en bord de champ.
On est par ailleurs frappé par une forte distorsion, très gênante visuellement, d’autant que c’est une distorsion en coussinet, plus désagréable qu’en barillet.
On ne peut pas dire que ce soit le Pérou…
Pas question pourtant de laisser tomber cette charmante petite boîte ! Comment faire ?
Possibilité d'amélioration géniale...
La solution : booster l’objectif en le diaphragmant beaucoup plus. En passant de f/16 à f/32, j’ai dans l’idée que la netteté va bien progresser. C’est là qu’un film sensible prend tout son sens !
Avantage secondaire : la distance minimale de mise au point s’en trouve notoirement rapprochée. Remarquons que Kodak indiquait une zone de netteté s’étendant de 1,5 m à l’infini, avec l’ouverture de f/16. Cela induit un cercle de confusion de 0,09 mm, beaucoup trop permissif, mais compatible avec la pratique d’un tirage par contact. Cette base donnerait donc 0,7 m pour f/32. Mais on ne tire plus par contact…
Alors, il vaut mieux tabler sur une valeur plus raisonnable d’environ 1 m comme distance minimale.
En revanche, je ne m’attends à aucune amélioration du côté de la distorsion, mais en ce qui concerne ce point, j’ai une autre idée (pour plus tard, vous verrez).
A f/32, bien sûr, la diffraction va faire son œuvre. Mais il faut raison garder et relativiser son importance. L’objectif n’est de toute façon pas un foudre de guerre, et on a bien plus à gagner de la sorte que de craindre une perte de piqué dans l’absolu.
On se lance !
L’investissement va se limiter à l’acquisition d’une canette de soda. Mais en bon état, pas froissée. Ça va pas nous ruiner ! L’aluminium dont elle est constituée présente deux avantages : un faible épaisseur (1/10e de mm), et une grande résistance mécanique.
Comment passer de f/16 à f/32 ? Tout simplement en divisant par deux le diamètre du trou du Baby. Celui-ci fait exactement 4 mm. Donc, il faut ramener le trou à 2 mm.
La difficulté est de découper dans la canette une plaque que l’on va glisser derrière l’objectif, entre l’obturateur et le diaphragme. Dans cette plaque, il faut pratiquer au bon endroit un trou parfaitement net et circulaire de 2 mm de diamètre. Avant tout, pensez à boire le contenu de la canette, n’est-ce pas ? Ce sera votre pause fraîcheur.
Pour découper l’alu, on peut utiliser une vieille paire de ciseaux (vous allez flinguer leur fil), mais une lame de cutter, ça marche aussi.
Commencer par pratiquer le trou au milieu d’une surface plus grande que prévu. J’ai utilisé un emporte-pièce que j’avais en stock du bon diamètre (chance). Il faut taper sur une surface dure, pour éviter au maximum de déformer l’alu. Mais pas trop dure, car vous allez endommager l’emporte-pièce. J’avais une plaque de plexi bien épaisse, qui marche bien.
Mon trou fait, il en résulte une déformation autour de celui-ci. Un coup de marteau, et on aplatit tout ça.
Mais le trou a maintenant des imperfections et son diamètre s’est un peu réduit. Jamais à court de solution, je sors ma mini perceuse Dremel, et un outil d’abrasion conique, et je tourne tout doucement. Résultat : un trou très net et bien rond, parfait ! A vérifier au compte-fil.
Il est en effet pertinent que le trou soit le plus parfait possible, c’est par là que les rayons passent.
Ensuite, il faut découper la plaque autour du trou en suivant un schéma spécifique correspondant à l’emplacement prévu. L’idée est de pouvoir placer le trou bien en face de l’objectif, sans gêner le mécanisme.
Il faut absolument peindre en noir mat la face tournée vers l’objectif, en faisant attention à peindre aussi l’épaisseur du trou, sans pour autant empâter la forme. Pour éviter tout problème, j’ai peint à l’aérographe. La finesse de la couche est inégalable.
J’avais négligé de peindre au premier essai. Résultat : un halo clair au centre des images, dû au reflet du métal sur la face interne de la lentille. Donc, ça a son intérêt !
Il faut coller la plaque avec une colle qui laisse le temps d’ajuster, et aussi qui peut se détacher sans dommage : c’est mieux si on peut rendre son état originel à l’appareil.
La plaque doit vraiment être bien plane, sinon, l’obtu va frotter contre celle-ci et la vitesse va se ralentir. Ce n’est pas facile, car on est obligé de la plier un peu pour la faire rentrer dans son logement.
Il faut savamment découper la plaque autour du trou, en prenant garde de réserver une marge de déplacement. Le but étant de faire en sorte que le nouveau diaph soit parfaitement centré. Coller la plaque en évitant tout frottement avec l’obturateur, qui serait catastrophique pour le temps de pose. Bien peindre en noir mat la plaque côté objectif. Ne pas peindre l’autre côté : risque de voir des particules de peinture se détacher avec les frottements de l’obtu.
Résultat à f/32 :
La qualité fait un bond spectaculaire. C’est net maintenant sur une surface bien plus grande.
Au centre, la netteté est exactement la même. La diffraction n’a pas fait son œuvre. En revanche, à f/32, c’est bien meilleur dans les angles.
Une photo à 3 mètres. La netteté est devenue correcte sur une large portion d’image. La distorsion très forte ne s’est pas améliorée, ce qui est normal, ce défaut n’est pas influencé par le diaphragme. Notez le point central trop clair : c’est ce qui arrive quand on ne peint pas en noir mat la plaque d’alu côté objectif ! Ne pas tenir compte des bords obliques de l’image : j’avais mal calé le plan-film dans la chambre d’exposition.
On a vu que les résultats avec l’appareil à f/16 sont sous-exposés de 1 diaphragme avec 100 ISO et filtre polarisant, et donnent la même valeur à f/32 sans polarisant. L’un compensant l’autre.
Dans le projet d’utiliser l’appareil à f/32, on a donc intérêt à choisir une sensibilité élevée. Va donc pour du HP5 Plus, qui fait 400 ISO. Mais en fait, on va se retrouver soit à être surexposé de 1 stop au soleil sans filtre, soit à être sous-exposé de 1 stop avec filtre. C’est ballot…
Le mieux est de poser le film pour 800 ISO, et de compenser la perte au labo (technique du développement poussé). Moyennant un peu moins de dynamique et un peu plus de grain. Mais franchement, pour un stop, c’est largement négligeable, surtout sur une surface aussi grande.
Ce sera impeccable : au soleil avec le pola, exposition parfaite. Dès que c’est nuageux : expo parfaite aussi, en prenant soin d’enlever le filtre. A l’ombre (assez claire quand même), un peu sous-ex, mais exploitable.
L’appareil devient donc utilisable en extérieur dans plein de situations : du plein soleil au temps couvert, ou à l’ombre. De 0,9 m à l’infini.
Voilà qui augure du bon sur le terrain !
Eh bien, c’est parti.
En action :
Le chargement de l’appareil est assez simple : placez le rouleau en partie droite (la chambre vous faisant face), puis amenez son extrémité sur l’axe récepteur. Insérez le bout du papier dans la fente, et tournez le bouton blanc, juste assez pour vous assurer que le film avance bien. Refermez l’appareil, et avancez encore jusqu’à l’arrivée du chiffre 1 derrière la fenêtre rouge. L’appareil est prêt à fonctionner. Je vous conseille quand même de mettre un peu de gaffer sur le hublot noir entre deux utilisations, et se de mettre à l’ombre au moment d’avancer le film. Les émulsions d’aujourd’hui sont bien plus sensibles que naguère, et il existe un petit risque que de la lumière vienne jusqu’aux images. Mais avec ces précautions, vous êtes tranquilles. En 127, vous avez 8 vues d’autonomie.
Le viseur, comme on s’y attend sur un appareil de cette catégorie, ne montre pas exactement tout ce qui va s’enregistrer sur le film. Il faut en tenir compte, en cadrant volontairement un peu trop serré à la prise de vue.
Voici ce qu’on peut admirer dans le viseur, et qui correspond au rectangle rouge sur le négatif. Ce dernier voit plus de champ. L’astuce, pour contrer ce défaut, consiste à cadrer normalement, puis juste avant de déclencher, de se rapprocher un peu…
L’appareil ne se conçoit qu’en usage à main levée, car il n’existe aucun moyen de le mettre sur trépied. On peut cependant en employer un, dans le but de s’affranchir des risques de bougé : il suffit simplement de le poser fermement sur la plateforme, et le de caler contre un rebord en carton collé sur la tête.
C’est ainsi que j’ai fait les premiers tests, car je n’avais pas envie qu’un flou de bougé vienne compromettre les résultats.
Mais j’ai choisi ensuite de ne travailler qu’à main levée. Le but étant quand même de profiter de la philosophie sans prise de tête de l’engin.
Donc, au placard la cellule à main, je fais confiance à mon expérience pour déterminer quand il sera pertinent d’installer ou non le polarisant. Avec à la clé, quelques erreurs de jugement… C’est le jeu !
A l’usage, l’appareil est très agréable : on cadre (le viseur, muni de vraies lentilles, est parfaitement utilisable, moyennant les précautions décrites), et on déclenche tout simplement.
Parlons du déclenchement : c’est la vraie difficulté. Je l’ai dit, la commande est mal fichue, sa course est trop longue, et on ne ressent pas le départ imminent de la pose. Par ailleurs, la vitesse très basse (1/35e) est vraiment critique. Vous vous exposez au flou de bougé à la moindre inattention. Il faut être très concentré, et déclencher d’un geste souple et précis. Ceci nécessite un peu d’entraînement, mais une fois cette étape franchie, c’est sans problème. Je n’ai noté de flou de bougé sur aucune de mes photos jusqu’à présent.
J’ai néanmoins une pensée pour l’utilisateur novice des années 1940-50 : les flous de bougé devaient être légion… Mais sans doute peu détectés, en raison de la petite taille des tirages-contact. Kodak n’avait bien sûr pas le choix : la contrainte d’un appareil sans mise au point (et de grand format) oblige à beaucoup fermer l’objectif pour que hyperfocale englobe une plage suffisamment large. Tout ceci avec des films aussi peu sensibles que 25 à 50 ISO, c’est un défi majeur.
Mais c’est ce qui nous permet aujourd’hui de l’utiliser à f/32 !
La prise en main est mauvaise : la forme cubique du Brownie n’est pas ergonomique et le risque est grand de le faire tomber. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle les boîtiers se trouvent rarement intacts. Il est prudent de se munir d’une sangle et de l’attacher à la lanière en cuir. Au moins, cette mocheté aura son utilité.
Notons que l’angle de champ équivalant à un 35 mm (en 24X36) est rare pour un appareil aussi ancien et simple. Le format de 4X6,5 cm est aussi inhabituel. Cela donne des images très panoramiques, plus encore qu’en 24X36 (ratio 1 par 1,62, contre 1 par 1,5).
Le premier film en conditions réelles, sur la table lumineuse. Alternance de vues plus ou moins bien exposées, mais dans des tolérances qui rendent l’exploitation sans souci. Les trois dernières sont très surexposées (2 stops en trop) : j’avais enlevé le filtre, alors que le plein soleil dominait. Je ne sais pas pourquoi j’ai cru que ce serait mieux ainsi… Par chance, le film a bien encaissé l’erreur, et le résultat n’en pâtit pas.
Haha ! Là, on rigole moins ! Pas mal, n’est-ce pas ? La vue des trottinettes est sous-exposée d’un stop (prise à l’ombre sans filtre), l’autre est parfaitement calée (en plein soleil avec filtre).
Ces deux vues sont très intéressantes : le flou périphérique est presque inexistant sur le bas de l’image. C’est l’effet positif de la courbure de champ : en fait, l’objectif fait le point dans les angles pour des distances plus courtes qu’au centre. On peut donc tirer profit du défaut et réussir ce genre d’image.
La distorsion en coussinet se remarque sur les deux premières images, ainsi que la perte de netteté dans les angles. Mais le rendu général est plaisant.
Bilan de ce premier film :
Je ne sais pas ce que vous en dites, mais pour ma part, je suis impressionné. Il faut se rappeler d’où l’on part ! Rendez-vous compte que ces images sont obtenues avec une seule lentille non traitée, fabriquée il y a plus de 80 ans !
Mon bricolage y est pour quelque chose, bien sûr, et je n’ai pas pu éviter la distorsion ni la faiblesse dans les angles. Mais le piqué au centre est réellement bon, et le contraste est tout-à-fait convaincant. Vraiment inespéré.
Je suis sûr que jamais vous n’auriez imaginé obtenir cette qualité.
Reste que les défauts en périphérie me chagrinent un peu, et il y a un point qui me défrise vraiment : le prix de chaque image ! Le format 127 n’autorise que 8 photos par film. Et à 20 Euros le rouleau (sans compter le reste), ça fait cher pour faire mumuse…
On va donc se faire un plaisir de régler ces deux vices en même temps. C’est la suite du projet !
Je change le format !
Le film 127 autorise deux formats : rectangle 4X6,5 cm (c’est ce qu’on vient de voir), mais aussi carré 4X4 cm. En carré, on peut obtenir 12 photos. Beaucoup mieux ! En plus, le carré va supprimer les faiblesses des bords, on gagne sur les deux tableaux, c’est futé.
Bien sûr, ce faisant, on perd l’angle de champ de la lentille. On passe du grand-angle au standard. Eh oui, en photo, dès qu’on gagne sur un point on perd sur un autre. Mais faut savoir ce qu’on veut !
Le gros souci, c’est d’arriver à avancer le film juste de la bonne longueur, et les chiffres correspondants au 4X4 sont placés à un endroit inaccessible à la fenêtre rouge.
Comment faire ?
Le papier protecteur du 127. Au milieu : les chiffres correspondants au 4X6,5 cm. En bas, les chiffres du carré 4X4 cm.
Recréer la bonne numérotation :
La solution : tirer profit du second exemplaire du Baby Brownie qui dort dans un coin !
L’astuce : pratiquer un trou dans le dos de l’appareil, en face des chiffres correspondant au 4X4. Cela va nous permettre de voir ces chiffres défiler avec le dos en place.
Et puis, virer le hublot rouge…
Le principe étant de charger un film vierge dans l’épave, puis de l’avancer image par image, dans la pénombre. Une fois le premier chiffre apparu (au travers du nouveau trou), vous n’avez plus quà le reporter au feutre directement sur le papier protecteur, via le trou du hublot.
Il n’y a pas de risque de voiler le film si vous prenez la précaution de vous mettre dans le noir et d’utiliser une lanterne rouge de laboratoire, à l’autre bout de la pièce. Quand vous n’y voyez pas grand-chose, vous êtes dans le bon…
Une fois tout le film passé, il vous suffit de vous mettre dans le noir total, et de rembobiner le rouleau, appareil ouvert. Attention toutefois : en fin de film, celui-ci n’est pas scotché au papier. Il faut prendre soin de le coincer à nouveau dans ce dernier. En rembobinant, le film a tendance à s’enrouler un peu plus vite que le papier, créant un tuilage à l’approche du morceau d’adhésif marquant le début. Arrivé à ce point, il suffit simplement de décoller le scotch sur la partie papier (en le laissant sur la partie film), et de continuer l’enroulement. L’adhésif va naturellement se remettre au bon endroit. Faites bien gaffe à vérifier que cet adhésif soit bien en place, car sur un rouleau, j’ai eu droit au scotch qui se barre. Résultat : le film est sorti du papier et s’est complètement froissé, coinçant l’avancement. J’en ai été quitte pour rouvrir l’appareil dans le noir, et tout remettre en place, après avoir perdu 3 vues.
Au final, vous bloquez le film enroulé avec du scotch, et vous voilà avec un rouleau prêt à être utilisé en format 4X4 dans l’appareil opérationnel.
Bien sûr, si vous ne disposez pas de deux exemplaires, vous pouvez toujours percer le dos du seul que vous possédez, mais c’est dommage de le mutiler.
Pratiquez un trou au bon endroit avec un forêt pour bois. La bakélite est très épaisse et dure, c’est difficile à forer, attention à ne pas trop appuyer, c’est très cassant. Dans la pénombre, avancer le film jusqu’à voir le premier chiffre apparaître dans le petit trou que vous avez pratiqué. Reporter ce chiffre dans la grande fenêtre. Dernière image : voici à quoi ressemblent les nouvelles inscriptions (ne pas ouvrir le dos en pleine lumière avec le film non rembobiné !).
Fabriquer la fenêtre d'exposition carrée :
Evidemment, il faut également convertir l’appareil au nouveau format.
Ce qui implique d’installer des caches réducteurs dans la chambre, et aussi dans le viseur.
Pour ma part, j’ai simplement utilisé deux bandes de papier noir. Mais en fait, ce n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît, car il faut éviter que le film frotte contre le papier (risque de rayures), et qu’il y ait des fuites de lumière à la jonction papier/appareil.
J’ai utilisé des cales en papier, de la peinture noire, un peu de patafix, et une colle qui n’endommage pas la bakélite pour arriver à mes fins. Le but étant de rendre l’opération réversible sans dommages permanents.
Concernant le viseur, sa petite taille rend l’opération délicate. J’ai utilisé de la carte plastique avec des petites cales. Le tout peint en noir mat sur le verso, et maintenu sur l’appareil via de l’adhésif.
Les réducteurs de format en papier. Je vous conseille d’imprégner légèrement leur tranche avec de la cyano liquide, afin de coller les filaments résiduels. Sinon, ils vont s’inviter sur les photos. Le réducteur sur le viseur. Ces deux éléments sont assez délicats à réaliser, il faut être soigneux pour être précis et étanche à la lumière.
Le résultat :
On constate qu’on récolte bien 12 images sans défauts. Mais j’avais déjà remarqué une grosse perte de longueur avant la vue 1, et j’ai tenté d’y placer une vue (en chargeant le film dans le noir et en « sentant » la présence du film derrière son papier). Hélas, je n’avais pas prévu le scotch… Après la dernière photo, on pourrait aussi ajouter une autre image, mais il faut estimer son déplacement au jugé… Il y a beaucoup de place perdue entre chaque photo. On pourrait optimiser et gagner encore une frame, mais cela nécessiterait de revoir tout l’espace entre les chiffres.
Eh ben, c’est pas mal du tout ! Aucune image ratée, c’est un bel exploit. Des images piquées et relativement homogènes. Je suis surpris de l’excellent comportement en contre-jour : aucun flare !
Le Kodak Baby Brownie, bien bricolé et bien mené, est une vraie machine à chefs-d’œuvres ! L’illustration parfaite de l’adage : c’est pas le matos qui fait la belle image.
Désormais, vous ne pourrez plus vous retrancher derrière le matériel pour expliquer vos échecs.
Bon, tout ce travail a été un peu vain, mais je me suis bien diverti. Il suffit de pas grand-chose pour se remotiver.
