Le polissage

Lors du stage de Marc Kereun, tout au début, j’avais déjà compris que le polissage était une des clés de la réussite du procédé. Marc procédait d’une façon assez simple : après nettoyage de la plaque à l’acétone, il frottait cette dernière avec un coton imbibé de Miror.

Après quelques minutes de ce traitement, la plaque était dégraissée à nouveau, puis elle était frottée à la main sur un velours préalablement saupoudré de Rouge d’Angleterre (poudre d’oxyde de fer) durant environ 5 mn. Ensuite, elle était simplement mise à ioder.

J’avais déjà remarqué que le moindre frottement longitudinal laissait une trace, et du reste, les plaques réalisées lors du stage affichent pas mal de rayures. Je me suis dit alors que ce ne serait pas du gâteau d’améliorer le résultat, mais qu’il y avait probablement moyen de faire mieux.

Ayant vu sur Youtube que d’autres polissaient avec des machines, dont le touret à polir, j’ai très vite acquis cet engin, croyant avoir trouvé mon Graal.

Mais il ne suffit pas de posséder l’engin pour obtenir la réussite d’emblée. La même histoire qu’avec l’appareil photo, en somme (peu de gens savent que le talent n’est pas vendu avec…).

Pendant toute une année, je me suis battu avec ce bidule, produisant invariablement des plaques certes brillantes, mais bardées de rayures dans le sens du frottement. Certains disent obtenir des plaques sans rayures de la sorte. Sincèrement, je me demande comment c’est possible. J’ai employé des disques en coton, en flanelle, avec du rouge d’angleterre en stick, ou bien de l’oxyde de chrome. Tout cela provoque de fines rayures. Même en y allant super légèrement, ou en appuyant fort.

Après le touret, j’ai tenté d’enlever les rayures en frottant les plaques sur des planches garnies de velours tendu, saupoudrées de rouge d’Angleterre, suivant en cela les habitudes des ancêtres. On frotte la plaque toujours dans le même sens, le long de la planche, avec des mouvements de va et vient. Même après 300 ou 500 allers et retours, ça ne marche pas du tout. Non seulement les rayures que l’on cherche à enlever sont toujours là, mais s’en ajoutent d’autres!

S’en est suivie alors une période de flottement, avec essai frénétique de tout un tas de produits divers : Miror, poudre à polir de Rob McElroy, poudre d’alumine, noir de fumée, feuilles abrasives ultra douces (3M), peau de chamois, poudres sèches ou avec eau ou huile, etc.

Je me suis dit que tant qu’on serait amené à user de mouvements longitudinaux, il y aurait toujours des rayures. C’est mathématique.

Il fallait un système vibrant qui puisse s’en affranchir.

J’ai alors laissé tomber tout cela, pour finalement choisir la pâte à polir Poli Croom, sur ponceuse vibrante, avec plateau de velours.

On dispose un peu de pâte sur le velours, on lance l’engin, et on y va. Au bout d’un moment, la plaque est polie, mais sale… Je n’osais pas alors la nettoyer à l’eau et savon (pourtant très efficace), car j’avais noté que l’eau laissait des traces. Et un essuyage au coton ou tissu provoquait des rayures. Je choisissais alors de disposer un second plateau de velours, cette fois propre, pour nettoyer la plaque. Au sortir de l’opération, la plaque pouvait sembler propre, mais hélas, des taches se révélaient lors de l’iodage. Par ailleurs, la ponceuse vibrante créait des rayures en forme de petits arcs de cercle. C’était du reste d’une manipulation tout-à-fait désagréable (le plateau se détachait sans arrêt, il fallait le tenir à la main sous les vibrations, et une fois sale, il fallait le laver longuement à l’eau et savon, puis le faire sécher 24h).

Faute de mieux, je m’en tenais là. Mais je savais bien que je n’y étais toujours pas.

Et puis, au hasard d’une lecture du forum de CDags, je suis tombé sur une discussion à propos du polissage. Les intervenants, tous des pointures, décrivaient des méthodes complexes, faites parfois d’une vingtaine d’étapes (pas fou, non?). Et puis, il y en a eu un qui a décrit la méthode suivante :

-Usage du touret à polir, disque en flanelle et stick de Rouge d’Angleterre. Cela raye la plaque, mais cela permet de supprimer des rayures profondes qu’il serait impossible de supprimer autrement. Si la plaque est déjà très belle, sans rayures importantes, on se passe de cette étape.

– Puis, usage de ponceuse orbitale, avec disque en mousse. Régler la vitesse à 2.

On place la ponceuse sur un socle, à l’envers. On dispose avec un élastique un carré de suédine (Ultrasuède) sur le disque de mousse. C’est une sorte de daim synthétique. Ce tissu se comporte un peu comme une peau de chamois (mais en mieux). C’est très doux, très solide et lavable.

– Commencez un premier passage à l’orbitale pendant 5 minutes, en utilisant de la pâte Poli Croom. C’est assez délicat, la pâte colle un peu. Il faut éviter que la plaque que l’on maintient avec un support (avec du scotch double face) n’entre en résonance. Mais ça supprime très facilement les rayures. Eviter que la pâte ne devienne complètement sèche. Si c’est le cas, changer de suédine et recommencer.

– Nettoyage de la plaque à l’eau et liquide vaisselle. Séchage à l’air comprimé ou au sèche cheveux.  Surtout pas d’essuyage (rayures !). A ce stade, la plaque ne doit avoir quasi aucune rayure, juste quelques très légères traces, et devenir déjà assez limpide. S’il reste des rayures, recommencer l’opération, sur une suédine propre, avec de nouveau du Poli Croom.

A noter que la pâte contient de l’alumine à l’état de traces, et cela peut être à l’origine de points blancs sur les images. Si vous craignez cela, vous pouvez tenter de vous passer de l’emploi de Poli Croom. Vous allez alors passer directement à l’étape du rouge, mais ça va être très long (au moins 20 à 30 minutes en insistant pas mal). J’ai essayé les deux, et je dois dire que mes plaques n’ont pas vraiment plus de points blancs en utilisant la pâte. C’est vous qui voyez.

– Sur un nouveau carré de suédine, saupoudrez un peu de Rouge d’Angleterre. Poncez pendant au moins 5 mn assez léger, en déplaçant la plaque régulièrement, mais en évitant que les vibrations ne soient communiquées à la plaque. La ponceuse doit être solidement maintenue. A final, la plaque doit être très limpide, sans rayures.

– Donner un coup de soufflette pour chasser la poussière.

Le résultat est tellement parfait que l’on n’ose pas aller plus loin, de peur de régresser. Et de fait, cela peut arriver. Néanmoins, il ne faut pas hésiter à passer à l’étape suivante, sinon vous allez avoir des taches rouges sur vos images (résidus de rouge) :

– Nouveau carré de suédine. Disposer cette fois un peu de poudre de noir de fumée. Poncer à nouveau 5 mn  mais très légèrement. La plaque ressort absolument limpide, miroir. Il peut cependant arriver que cela soit moins net qu’avec le rouge, et que de fines rayures réapparaissent. C’est parce que vous avez appuyé trop fort. Si vous n’arrivez pas à un résultat parfait avec le noir de fumée, vous pouvez sauter l’étape, mais il faudra rallonger beaucoup l’étape suivante. Et il subsistera un risque de voir des petites taches rouges sur les images. C’est très insidieux, car on ne voit rien sur la plaque avant image.

– Dernière touche finale : un dernier carré de suédine propre, cette fois sans poudre. On passe la plaque environ 2 mn, juste pour supprimer des résidus éventuels de poudre. Insister plus longuement si vous avez fait l’impasse sur le noir de fumée.

Bien nettoyer le verso de la plaque à l’acétone (en la détachant de sa poignée support et en la posant sur la suédine. On en profite pour confectionner une poignée en scotch à peinture, qu’on place sur le verso au milieu,  il ne faut plus tenir la plaque par ses tranches) et ioder juste après. Ou alors on la réserve dans un châssis, le temps de polir une seconde plaque si envie.

Je l’ai testée, la méthode marche super bien. On obtient enfin une plaque vraiment nette, sans aucune trace, avec un fini super miroir. C’est assez miraculeux.

De la sorte, on fait un bond de géant au niveau du résultat : l’iode prend de façon plus uniforme, le contraste est meilleur, et surtout, l’image est pure. Elle se scanne et se reproduit très facilement, sans rayures visibles. L’essayer, c’est l’adopter!

A noter que bien sûr, on ne jette pas la suédine souillée. On la lave en la frottant dans l’eau avec beaucoup de liquide vaisselle. On essore bien, et on fait sécher. Ca se réutilise un grand nombre de fois, et heureusement, parce que ce n’est pas donné.

Révision du texte : Avec le recul, j’ai fini par simplifier considérablement la procédure : Mes plaques sont argentées chez Rouget Pullon. Elles sont tellement bien polies dès le départ, qu’il suffit simplement d’employer la ponceuse orbitale avec de la poudre de rouge d’Angleterre pendant une dizaine de minutes (minimum! Plus ça dure longtemps, meilleur c’est) pour que ça marche. Ensuite, finir en essuyant la plaque à la main sur un carré de suédine bien tendu et ultra propre.

Tristan da Cunha

Photographe professionnel, spécialisé depuis 20 ans dans la prise de vue culinaire et tous les défis techniques.

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